Note de terrain 01
IA & travail augmenté
J’ai refait 4 fois le site de Houston.
Et ce n’est pas la stack technique que j’en retiens.
Myriam Prette · Septembre 2026
Canva d’abord.
Puis Framer.
Puis Lovable.
Et maintenant, il tourne avec Astro, Keystatic, GitHub et Netlify.
Il y a six mois, la simple lecture de cette phrase m’aurait fait fermer l’onglet.
Au départ, Canva était évident. Je connaissais l’outil et je voulais avancer.
J’ai vite été limitée.
J’ai essayé Framer. Beaucoup plus puissant. Beaucoup trop technique pour moi à ce moment-là.
J’ai laissé tomber.
Puis Lovable est arrivé et, là, j’ai pris une claque.
Je pouvais expliquer ce que je voulais et regarder l’IA le construire. Plus besoin de savoir coder.
J’ai produit. Corrigé. Recommencé.
Et consommé pas mal de tokens au passage.
Jusqu’à réaliser un truc assez gênant.
J’étais capable de faire beaucoup plus qu’avant, mais j’étais devenue dépendante de l’IA pour modifier mon propre site. Même pour des choses assez banales.
J’avais commencé par la mauvaise question
Avec le recul, j’avais surtout commencé à chercher des outils avant d’écrire correctement mon cahier des charges.
Je voulais un site.
Ce n’était pas assez précis.
Il fallait aussi décider ce qui devait se passer une fois le site terminé.
Est-ce que je pouvais modifier un texte seule ?
Changer une photo ?
Ajouter une page ?
Est-ce que chaque petite modification allait me demander un nouveau prompt ?
Est-ce que le code m’appartenait ?
Qu’est-ce qui se passerait si je quittais l’outil ?
Et jusqu’où avais-je réellement besoin de comprendre ce qui se passait derrière ?
Mon cahier des charges tenait finalement à des choses assez simples.
Pouvoir modifier mes contenus seule.
Garder mon code.
Ne pas consommer des tokens pour changer trois lignes.
Avoir un site propre pour Google.
Continuer à utiliser l’IA quand elle m’est utile.
Et ne pas devenir développeuse pour autant.
Une fois ça posé, mes choix ont changé.
C’est comme ça que je me suis retrouvée avec GitHub
Ce qui aurait été une excellente raison de fuir quelques mois plus tôt.
J’ai eu un moment où je me suis demandé si je n’étais pas en train de remplacer un problème simple par une usine à gaz.
Aujourd’hui, le fonctionnement est finalement assez banal.
Astro construit le site.
Keystatic me permet de modifier les contenus.
GitHub conserve le code et les changements.
Netlify met le site en ligne.
OVH garde le domaine.
Quand je veux changer un contenu courant, j’ouvre Keystatic, je modifie, j’enregistre.
Je n’écris pas de prompt.
Je ne consomme pas de tokens.
Je n’ai pas besoin de comprendre le code qui se trouve derrière le champ que je viens de modifier.
C’était exactement ce que je cherchais.
Le plus long n’a pas été la technique
J’ai généré beaucoup trop de choses.
Des réunions avec des gens trop beaux.
Des bureaux trop beaux.
Des post-it beaucoup trop bien alignés.
J’ai validé une superbe photo avant de comprendre qu’elle était inutilisable parce que le sujet se trouvait derrière le titre du site.
J’ai produit des textes trop longs.
Puis trop courts.
Puis trop propres.
Des phrases de consultante que je n’aurais jamais prononcées.
J’ai parfois demandé à l’IA de corriger un détail et découvert ensuite qu’elle avait modifié autre chose.
Je me suis aussi perdue dans mes versions.
À force de pouvoir produire vite, j’ai produit beaucoup.
Le problème n’était plus de réussir à faire quelque chose.
Il fallait décider ce que je voulais garder.
J’ai commencé à demander à l’IA de moins faire
À la fin du projet, mes demandes avaient changé.
Je ne demandais plus seulement :
« Corrige ça. »
Je demandais :
« Audite cette page en lecture seule. Ne modifie aucun fichier. Ne fais aucun commit. Ne pousse rien. Dis-moi exactement ce qui ne va pas. »
Ça paraît beaucoup moins spectaculaire.
C’est probablement une des choses qui m’a le plus fait progresser.
Un audit a retrouvé un slash oublié dans un lien.
Un autre m’a montré qu’une meta description que je pensais avoir enregistrée ne l’était pas.
Je pensais que c’était fait.
Le site disait autre chose.
Depuis, je fais davantage confiance aux vérifications qu’à ma mémoire de ce que j’ai demandé à l’IA.
Je ne sais toujours pas développer un site
Je sais maintenant lire certaines choses que je ne comprenais pas du tout au départ.
Je sais pourquoi je demande un diff.
Pourquoi je fais lancer un build.
À quoi sert GitHub dans mon système.
Ce que Netlify fait derrière.
Et surtout, je sais mieux repérer le moment où je dois arrêter de toucher quelque chose qui fonctionne.
Mais je ne saurais pas développer ce site seule.
Ça ne me gêne pas.
Mon objectif n’était pas de devenir développeuse.
Il était de pouvoir piloter ce que je faisais construire.
La différence est importante.
Avec un bon cahier des charges, j’aurais gagné du temps
Et économisé quelques abonnements.
Pas mal de générations.
Beaucoup de tokens.
Je ne considère pourtant pas Canva, Framer ou Lovable comme des erreurs.
Canva m’a permis de commencer.
Framer m’a montré qu’un bon outil peut être un mauvais outil pour moi à un moment donné.
Lovable m’a fait comprendre la puissance de la génération par IA et la dépendance qu’elle peut créer quand on ne pense pas à ce qui vient après.
Le tâtonnement m’a coûté du temps.
Il m’a aussi donné mes critères.
Ça a changé les questions que je pose sur l’IA
Une démonstration peut être impressionnante en dix minutes.
Je regarde davantage ce qu’il reste trois mois plus tard.
Qui utilise vraiment l’outil ?
Pour quoi faire ?
Combien coûte son usage une fois intégré au quotidien ?
Est-ce que les personnes savent repérer quand le résultat est mauvais ?
Que se passe-t-il si l’outil change, augmente ses prix ou disparaît ?
Et surtout, est-ce que l’organisation devient plus autonome ou simplement dépendante d’un nouvel intermédiaire ?
Le site de Houston est en ligne depuis septembre 2026.
Je peux aujourd’hui modifier seule les contenus courants.
Le code est conservé dans un dépôt GitHub qui m’appartient.
Et je continue à utiliser l’IA quand elle me fait gagner plusieurs heures sur des compétences qui ne sont pas les miennes.
Je lui demande simplement beaucoup moins souvent de décider du problème à ma place.